L'été caniculaire provoque une mortalité massive dans les cours d'eau suisses. Selon David Bittner, directeur de la Fédération suisse de pêche, la sécheresse ne fait qu'exprimer un problème qui existe depuis longtemps déjà et dont la solution a été repoussée politiquement.

"Les signalements qui nous parviennent de toute la Suisse sont dramatiques: des ruisseaux à sec, des poissons et des écrevisses retrouvés morts", alerte David Bittner, directeur de la Fédération suisse de pêche. Selon lui, la situation est désormais "catastrophique" pour les poissons. En cause, la combinaison de deux facteurs: des cours d’eau qui manquent cruellement d’eau et des températures trop élevées. David Bittner estime qu’il faut s’attendre à la mort de plusieurs millions de poissons.

>> Ecouter un extrait du reportage de SRF :

SRF 19/08/2026 Tagesgespräch

David Bittner s’appuie notamment sur les relevés de population effectués dans les cours d’eau. Ceux-ci permettent d’estimer le nombre de poissons qui vivaient dans les tronçons aujourd’hui asséchés ou dans lesquels des animaux morts ont été retrouvés. À partir de ces données, il procède à des extrapolations pour évaluer l’ampleur des pertes.

Trois quarts de nos espèces de poissons indigènes sont menacées ou en danger d'extinction

Selon David Bittner, il faudra plusieurs années pour que les populations de poissons se reconstituent après un tel épisode. Une succession d’étés caniculaires pourrait donc avoir de lourdes conséquences. Que se passera-t-il si l’été prochain est à nouveau aussi chaud? "La multiplication de tels événements nous inquiète beaucoup", souligne-t-il.

Des populations de poissons déjà affaiblies

La situation est d’autant plus préoccupante que les populations de poissons sont déjà fragilisées. Selon David Bittner, près des trois quarts des espèces indigènes sont menacées ou en danger d’extinction. Les épisodes de fortes chaleurs ne font qu’accentuer une situation déjà critique. L’expert regrette également que les délais prévus pour l’assainissement des installations hydroélectriques et la revitalisation des cours d’eau soient loin d’être respectés.

Selon l'expert, la force hydraulique détruit la dynamique naturelle d'un cours d'eau. Elle interrompt la migration des poissons. De plus, l’exploitation par éclusées provoque des variations artificielles et parfois brutales du débit. Des quantités insuffisantes d’eau résiduelle peuvent affecter les organismes aquatiques. Pour David Bittner, l'endiguement des cours d'eau est également problématique. Il plaide pour redonner davantage d’espace aux rivières afin de la retenir dans le paysage.

Le directeur de la Fédération suisse de pêche précise toutefois qu'il ne s'oppose pas à la force hydraulique qui est importante dans la lutte contre le changement climatique. Mais il rappelle qu'il est possible de mieux concilier production d’énergie et protection des écosystèmes, comme le montrent déjà certains projets.

Vers une nouvelle initiative ?

Le problème est pourtant identifié depuis longtemps. La loi sur la protection des eaux prévoit notamment l’assainissement écologique des installations hydroélectriques d’ici à 2030. Mais pour David Bittner, c’est surtout le rythme de mise en œuvre qui pose un problème. Les travaux d’assainissement de la force hydraulique et de revitalisation des cours d’eau accusent encore un retard important et les objectifs fixés risquent de ne pas être atteints dans les délais.

Pour un président de la Fédération de pêche, avoir un contact direct avec le Palais fédéral est plus important que d’être soi-même un pêcheur actif

La Fédération de pêche réclame avant tout l'application des lois en vigueur. Mais face à la lenteur des progrès, sa direction réfléchit désormais au lancement d’une nouvelle initiative populaire. "Le passé a montré que c'est peut-être la seule voie pour obtenir à Berne l'accélération nécessaire, avant qu'il ne soit trop tard pour nos poissons", estime David Bittner.

A Berne, la Fédération peut compter sur un relais direct: le président de la Fédération suisse de pêche est le conseiller aux Etats Daniel Jositsch, qui vient du reste juste d'obtenir son attestation de compétence pour la pêche. Son expérience de pêcheur est donc encore récente. Mais pour David Bittner, ce n’est pas l’essentiel: "Pour un président de la Fédération de pêche, avoir un contact direct avec le Palais fédéral est plus important que d’être soi-même un pêcheur actif."

Simone Hulliger (SRF)