l'essentiel Fissures sur les murs, déformation des structures, perte de valeur des biens immobiliers... À Villeneuve-lès-Bouloc et dans les communes voisines, le retrait-gonflement des argiles bouleverse le quotidien de nombreux habitants. Face à un phénomène de maisons fissurées qui s'intensifie, les sinistrés se mobilisent pour obtenir la reconnaissance de leur commune en état de catastrophe naturelle. On les a rencontrés.

Au départ, les premières fissures qui parcouraient la maison d'Amadeo n'éveillaient pas d'inquiétude. "C'est une bâtisse du XIXe siècle. Je n'ai jamais remis en question sa construction. Mais ces dernières années, lorsque je voyais les fissures se multiplier, je m'interrogeais", raconte le retraité. Cet ancien artisan est victime, comme de nombreuses personnes, du phénomène de retrait-gonflement des argiles (RGA). Un risque qui fragmente le nord de Toulouse et notamment la commune de Villeneuve-lès-Bouloc. À ce jour, une soixantaine d'habitants du village se sont manifestés et affirment subir les conséquences de ce phénomène.

À quelques pas de chez Amadeo, l'un des bâtiments de la ferme de Jean-Claude menace de s'effondrer. "Je voulais réinvestir dans ce bâtiment, mais c'est devenu trop compliqué. Le mur peut tomber à tout moment. À une période, je n'osais même plus ouvrir la porte. Au grenier, les chevrons ne sont plus fixés", témoigne l'agriculteur. Jean-Claude tente de sécuriser le bâtiment avec ses propres moyens : "J'ai installé des sangles et j'arrose parfois le mur pour éviter que ce soit trop sec."

Amadeo montre les fissures de sa maison causées par le phénomène de retrait-gonflement des argiles.
Amadeo montre les fissures de sa maison causées par le phénomène de retrait-gonflement des argiles. DDM - Frédéric Charmeux

Comme Amadeo, Jean-Claude ne remet pas en cause la qualité de sa construction d'origine et pointe du doigt le dérèglement climatique. Tous deux subissent un préjudice financier important. Amadeo estime ses travaux à près de 120 000 euros. Pour Jean-Claude, les réparations s'élèveraient au minimum à 50 000 euros.

Jean-Claude tente de sécuriser le bâtiment avec ses propres moyens.
Jean-Claude tente de sécuriser le bâtiment avec ses propres moyens. DDM - Frédéric Charmeux

Pour les réparations et les indemnisations auprès des assurances, la commune doit être reconnue par un arrêté de catastrophe naturelle. En attente depuis plus de 10 ans, Villeneuve-lès-Bouloc ne bénéficie toujours pas de cette reconnaissance. "On ne comprend pas pourquoi des communes voisines, comme Cépet, sont reconnues et pas la nôtre", déplore Amadeo. Chaque année, de nombreux habitants espèrent la reconnaissance de leur commune afin que leurs dossiers puissent être pris en charge.

"On estime être des sinistrés climatiques"

Bernard Velu est président de l'association SOS Maisons Fissurées 31. Elle a pour but de sensibiliser les habitants sur le retrait-gonflement des argiles tout en transmettant les procédures à engager auprès de leur commune. "On estime être des sinistrés climatiques. On est dans une impasse, il faut agir." Depuis la création de l'association en novembre 2025, Bernard Velu ne cesse d'être sollicité : "Les personnes qui m'appellent sont démunies et souvent touchées psychologiquement. On veut rassembler et faire de la masse pour interpeller les pouvoirs publics."

L'initiative de l'association SOS Maisons Fissurées 31 est soutenue par le député de la 5e circonscription de la Haute-Garonne, Jean-François Portarrieu. Pour l'élu et le président de l'association, le retrait-gonflement des argiles ne devrait plus être traité dans le cadre du régime de catastrophe naturelle. Ils estiment que ce dispositif, élaboré avant que ce risque ne soit réellement identifié, n'est plus adapté à la réalité du phénomène.

Jean-François Portarrieu défend notamment la création d'un dispositif spécifique, assorti d'un fonds de garantie dédié, afin de mieux accompagner les personnes concernées. "Des personnes sont confrontées à un problème qui n'a aucune solution. Essayons d'abord de bien comprendre ce phénomène pour faire évoluer la réglementation et la législation. C'est un travail de longue haleine, et je suis confiant", plaide l'élu.

Pour contacter l'association : contact@sosmaisonsfissurées.fr