Remisé dans sa valise depuis dix ans, Tatayet est désormais condamné au silence éternel. Son créateur, celui qui l'animait et lui prêtait sa voix n'est plus. Michel Dejeneffe est mort à l'âge de 77 ans. Il s'est éteint près de Saint-Étienne, en France, où il avait élu domicile depuis plusieurs années.

Pendant plus de 50 ans, son duo avec sa marionnette a fait rire petits et grands, que ce soit en spectacle ou à la télévision où ils ont connu un énorme succès. Avec le Tatayet Show proposé sur la RTBF de 1986 à 1992, bien entendu. Mais aussi en France. Faut-il rappeler qu'avant de faire des leurs sur notre service public, Tatayet et son papa avaient été reçus par Michel Drucker ou encore Patrick Sébastien au début des années 80 ?

Tatayet tire définitivement sa révérence

"Tatayet n'avait qu'une tête et un bras"

Officiellement, Tatayet est né en 1975. "On donnait souvent des spectacles dans les maisons de retraite et les orphelinats avec la troupe de théâtre Les Tontons. Un jour, une pensionnaire m'a donné une fourrure parce qu'elle ne savait plus quoi en faire. C'est avec cette fourrure que j'ai créé, plus tard, Tatayet… en une nuit ! Dès que j'ai vu le tissu, le personnage a existé toute suite, c'était évident", nous expliquait Michel Dejeneffe il y a dix ans alors qu'il s'apprêtait à faire ses adieux à la scène.

Tatayet et son papa : interview en 1985 - RTBF Archives - YouTube thumbnail

À l'époque, le ventriloque était loin d'imaginer le succès qu'il allait récolter. "Au départ, Tatayet avait intégré la troupe avec d'autres marionnettes. Il était d'ailleurs manipulé par une autre personne et ça me frustrait un peu… Puis, je l'ai manipulé moi-même. Il est, en quelque temps, devenu la coqueluche des endroits où j'allais. C'est à partir des émissions pour enfants de Pauline Hubert que tout a commencé. Au départ, Tatayet n'avait qu'une tête et un bras. Après quelques mois de cabaret à Paris, on m'a suggéré d'y mettre un corps, ce que j'ai fait, en lui ajoutant des chaussures."

Quant au nom de sa marionnette, il n'a pas été le chercher bien loin. "Quand j'étais plus jeune, une petite fille venait toujours chez mes parents. Elle était tellement petite qu'elle ne savait pas appeler ma maman tante Henriette. Donc, elle l'appelait Tatayet. J'ai donc inconsciemment donné le nom de ma mère au personnage."

Parfum de scandale dans "La DH"

Les ventriloques sont unanimes sur le sujet : leur marionnette leur permet de dire ce qu'ils n'oseraient jamais énoncer eux-mêmes. C'est le cas pour Jeff Panacloque et son très irrévérencieux Jean-Marc comme ça l'était pour Michel Dejeneffe et l'impertinent Tatayet… qui n'avait pas sa langue en poche et osait tout, jusqu'à interviewer, à sa façon, des personnalités politiques belges comme André Cools ou Anne-Marie Lizin.

"Tatayet a toujours été polémique dans les Tatayet Show ou dans les émissions de Patrick Sébastien. Mais dans les spectacles de scène, il y avait assez peu d'humour politique. C'était plus des spectacles construits sur les rapports qui nous unissaient. Niveau maturité, je pense qu'il est resté comme il était. D'autres personnages que l'on retrouve dans le dernier spectacle en famille ont la réputation d'être beaucoup plus mordants que Tatayet. Lui reste confiné dans la tendresse", nous avait cependant glissé Michel Dejeneffe en 2016.

Cela n'a pas empêché certains différends. En 1994, Willy Taminieux, ministre socialiste, avait mal réagi lorsque Tatayet lui avait demandé l'origine de l'argent qu'il remettait au profit de l'opération 48 81 00 alors que le parti socialiste était en pleine tourmente de l'affaire Agusta.. "Le directeur de la RTBF de l'époque avait dit à Tatayet qu'il avait exagéré dans ses propos. Tatayet avait donc souhaité lui répondre dans une lettre manuscrite publiée dans La DH. C'était un scandale à petite échelle", s'amusait-il.

Tatayet ou Saint-Nicolas ? (1983) - Tatayet Show - RTBF Archives - YouTube thumbnail

Chansons, BD, autobiographie

Michel Dejeneffe ne s'est pas contenté de la scène et de la télévision. Son Tatayet s'est essayé à la chanson avec des titres comme "Tous au cimetière" ou "Le Kitching". Il s'est aussi décliné en bande dessinée avant de se raconter dans une autobiographie intitulée Le Journal de Tatayet. Le ventriloque l'affirmait haut et fort, c'est bien Tatayet qui l'a écrite. Et la marionnette de signer les premiers exemplaires pour en attester. Preuve que la relation entre l'artiste et son personnage était puissante. Tatayet n'était d'ailleurs pas qu'une marionnette, c'était un être avec une existence à part entière aux yeux de son créateur.

"Dans ma vie artistique, j'ai été confronté à des tas de questions auxquelles il m'était impossible de répondre par mes sketches. Quelques exemples : Est-ce le même Tatayet depuis mes débuts ? Ou : Est-ce que, moi, Michel Dejeneffe, je me défoule à travers Tatayet ? J'ai essayé d'écrire le livre de notre relation mais je n'arrivais pas à trouver le ton juste. Ça sonnait faux à chaque fois. Mais lorsque j'ai essayé de faire raconter les mêmes choses par Tatayet, je trouvais que l'émotion était là."

Tatayet à la poste de Charleroi (caméra cachée) - RTBF Archives - YouTube thumbnailTatayet: s'il n'y avait la barrière de la langue, ce spectacle serait digne de Las Vegas.

Un artiste populaire

Si le ventriloque est à jamais associé à sa marionnette, il a pourtant essayé de diversifier sa palette pendant sa carrière. "J'ai même essayé de changer de personnage, mais je n'y suis jamais arrivé", avait-il reconnu. Cela ne l'a pas empêché de donner à son personnage fétiche toute une famille qui l'accompagnait sur scène.

Avec la mort de Michel Dejeneffe disparaît une figure singulière de la culture populaire belge dans le sens noble du terme. Il a eu le don de faire rire les enfants comme les adultes, ce qui n'est pas donné à tout le monde.

Salut l'Artiste.

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