Témoignages. « On ne vit plus, on survit » : aux quatre coins du pays, des Français à bout face au prix de l'essence
Des pénuries ou des files d'attente devant certaines stations, des appels à « réoccuper les ronds-points », un chef d'entreprise (Michel-Edouard Leclerc) qui juge « inéluctable » un plafonnement des tarifs... Avec un baril de pétrole avoisinant les 100 dollars et des prix record à la pompe, revoilà l'Hexagone sur des charbons ardents.
Nous avons épluché la presse régionale de tout le pays : partout les mêmes témoignages, parfois désespérés.
Les Français, en particulier en milieu rural, sont en première ligne face à cette nouvelle flambée et chacun fait avec les moyens du bord pour limiter les dégâts.
Les loisirs sont les premiers à être sacrifiés. « La voiture devient un luxe, témoigne ainsi Mathias au micro de Ici Normandie. Je fais seulement les déplacements les plus importants donc malheureusement le côté loisirs en pâtit fortement. » « Mon mari doit faire 45 minutes pour aller au travail chaque jour. Au moins 80€ de gazole chaque semaine. Du coup, peu ou pas de sorties en famille, abonde Sabrina. On ne vit plus, on survit. »
Et l'on ne parle pas seulement de virées à la mer ou à la montagne. Les "sorties plaisir" passent aussi à la trappe. « Quand on vit dans un village, on ne fait rien sans voiture, résume Emma auprès de La Provence. Alors je limite : je n'achète plus de fringues, je ne vais plus au ciné, j'ai réduit les repas au McDo. » « On m'a proposé de faire un restaurant, mais j'ai dit non car je ne voulais pas mettre de l'essence », rajoute Nouria sur RMC.
« Les pâtes au beurre, ça y va »
Plus inquiétant, certains rognent sur les dépenses de première nécessité, notamment les courses. « Je compense sur l'alimentation, témoigne Clément, un autre Provençal. J’achète moins de légumes et je vais au moins cher. » « Je n'achète plus de viande, ni de fromage, abonde à côté de lui Julien. Par contre, les pâtes au beurre, ça y va. » « Nous, on se prive. On ne mange plus de viande comme avant », renchérit la Normande Christelle.
D'un bout à l'autre de la France, les mêmes scènes se répètent. De longues colonnes de voitures devant les stations TotalEnergies aux prix plafonnés, des automobilistes qui ne font pas le plein pour étaler les dépenses et « se rassurer », les frontaliers qui profitent des tarifs plus avantageux en Belgique, en Espagne ou en Andorre...
Ceux qui le peuvent ont réduit leurs trajets en voiture : depuis le début de la guerre en Iran, les ventes de carburant ont baissé de 5 à 6% en France. Certains se mettent à la trottinette, au vélo ou au covoiturage, d'autres négocient des jours de télétravail supplémentaires, les plus motivés convertissent leur moteur à l'éthanol (E85) ou mélangent les carburants malgré les risques.
« Je vais finir par me mettre en arrêt maladie »
Mais tout le monde ne parvient pas à s'en sortir. « La situation m'angoisse tellement. Je suis stressée en permanence à cause de l'essence, confie à Midi libre Charlotte, une mère de famille de Montpellier qui travaille à 45 minutes de chez elle. Je vais finir par me mettre en arrêt maladie, c'est absurde. »
Pour nombre d'automobilistes, les dépenses en carburant dépassent allégrement 10% de leurs revenus, s'ajoutant au loyer ou au prêt immobilier, aux forfaits divers et variés et à de multiples hausses de prix dans tous les rayons.
« Je travaille pour payer mon essence », lâche à La Montagne Sarah, assistante d'éducation dans la Creuse, dont la moitié du salaire part à la pompe. « Si les prix se maintiennent, je ne sais pas comment je vais aller au boulot », explique pour sa part, Kamel, technicien de laboratoire qui roule 70 km par jour et dépense presque 2400 euros par an pour l'essence. »
Infirmières, taxis, auto-écoles... Dans certaines professions, la flambée des prix tourne au défi existentiel. « On travaille à perte », déplore Alice, une aide-soignante bretonne qui, malgré la limitation de ses déplacements professionnels, dépense 300 euros en carburant pour son job chaque mois.
Colère ou résignation
Sous les auvents des stations-service, la résignation et l'angoisse du lendemain dominent. Mais la colère couve. « Nous en avons assez de subir, la vie est chère et les salaires ne suivent pas, proteste Aude, une quadragénaire des Bouches-du-Rhône. Tout le monde souffre, il faut que l'Etat réagisse. »
« Il faut une mobilisation nationale », renchérissent, à côté d'elle, Raymonde et Denis, retraités. Sur les réseaux sociaux, rendez-vous a été donné au 17 octobre, huit ans après le mouvement des gilets jaunes. À l'époque, le prix du gazole dépassait à peine les 1,5€ le litre...