Un mineur du bois du Cazier identifié 68 ans après la catastrophe : "Papa serait fier et très ému"
Le 8 août 1956, une erreur de manœuvre au Bois du Cazier, à Marcinelle, provoque un incendie à près de 975 mètres de profondeur. La fumée et le monoxyde de carbone se répandent dans toute la mine, piégeant des centaines de mineurs. Malgré les secours venus de Belgique, de France et d'Allemagne, seuls 13 hommes sont sauvés.
Le bilan final est de 262 morts, issus de 12 nationalités. Dont une majorité d'Italiens. Ce qui fait de ce drame la plus grande catastrophe minière de l'histoire belge. Au-delà du drame humain, l'affaire bouleverse l'opinion publique et met en lumière les conditions de travail des mineurs immigrés. Elle marque aussi un tournant dans la réflexion sur la sécurité minière en Belgique.
À l'occasion des 70 ans de commémoration de ce drame, La Libre est partie à la rencontre de descendants de victimes. Rencontre.
"Si tu veux savoir comment ton papa est mort, lis tout ça""Papa serait fier et très ému"
À septante ans, Patricia Evangelista rayonne. Le site du bois du Cazier a beau être un lieu émouvant pour elle, cette Italienne veut partager sa quête pour identifier le cousin de son père. "Il s'appelait Rocco Ceccomancini. Il était, comme mon père, mineur. Le 8 août 1956, il remplaçait un collègue sur le site du bois du Cazier. Il ne devait donc pas travailler ce jour-là. Quand ce drame est survenu, il s'agissait presque du destin", raconte-t-elle. Depuis qu'elle est petite, elle a donc grandi avec un lourd souvenir familial. Car lorsque les dépouilles des victimes ont été sorties de terre, ce jeune mineur de 19 ans faisait partie des 14 "inconnus" du drame, qui n'ont pas pu être identifiés.
Deux nouvelles victimes de la catastrophe du Bois du Cazier formellement identifiéesÀ l'époque, l'état des corps et l'absence de techniques d'ADN ont en effet rendu les identifications compliquées. Il a fallu attendre plus de soixante ans, en 2021, pour que les "inconnus" du bois du Cazier soient exhumés. "En apprenant la nouvelle, je me suis directement rendu sur le site pour proposer mon ADN. Ma sœur a aussi accepté de le donner. Mais les premiers tests n'ont pas été concluants", regrette cette septuagénaire. Elle s'est alors en quête de cousins éloignés et d'autres membres de la famille pour compléter l'analyse. "Je savais qu'il avait une sœur au Brésil, mais je n'avais pas son contact. Après quelques recherches, on a réussi à contacter une cousine éloignée. Elle nous a envoyé une brosse à dents par la poste. Cette fois, les tests étaient concluants", se réjouit-elle.

En 2022, suite à ces exhumations, une première victime est identifiée, il s'agit d'Oscar Pellegrims. Suivra quelques mois plus tard Dante Di Quilio. Rocco Ceccomancini sera pour sa part identifié en 2024. "Maintenant, il dispose d'une stèle avec son nom", explique Patricia. L'émotion s'empare d'elle. Son regard se remplit de douceur. "Papa est décédé il y a plus de vingt ans. Mais s'il avait été là, je lui aurais dit : 'regarde, papa, ton cousin est là'. Je pense qu'il serait fier et ému."
"La catastrophe de Marcinelle a changé le regard des Belges sur les immigrés italiens"Une affaire de famille
Ce drame du bois du Cazier a été partagé par de nombreuses familles italiennes immigrées. "On parlait souvent de ce qui s'était passé. Et on en parle encore. Dans chaque famille italienne, ils parlent toujours de la catastrophe, que ce soit à un baptême, un mariage…", affirme Patricia, dont la famille est issue de Manoppello, dans l'Abruzzes. Elle ajoute que son père lui partageait souvent ce qu'il faisait de son quotidien. "Après huit ou dix heures de travail, il me disait souvent que la première chose que tu veux faire c'est de te désaltérer. Mais à part cette difficulté physique, mon papa adorait son métier. Les mineurs ont un esprit de fraternité que très peu d'autres professions ont, estime-t-elle. Mon père n'a d'ailleurs jamais été raciste. Dans la mine, il n'y avait pas de nationalité."
Catastrophe du Bois du Cazier : la Belgique et l'Italie commémorent les 69 ans du drameCet héritage familial, Patricia veut le transmettre à ses petits enfants. "J'ai gardé les coupures des journaux de 1956. Et je veux les montrer et les expliquer à mes petits enfants quand ils seront plus grands. Mes petits enfants ont 14 et 11 ans et demi. Je trouve que c'est encore petit. Mais à un certain moment, je vais leur montrer tout cela." Patricia tient à ne rater aucune commémoration. Elle compte d'ailleurs célébrer la mémoire de Rocco, tout comme celle de son père, ce 8 août 2026, qui signe les 70 ans de la catastrophe. Et ce, quelques semaines seulement après son propre septantième anniversaire.
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