Un si grand soleil, 2000e épisode : "Quand on lance une telle série, c’est pour que ça ne s’arrête jamais"… Confidences du scénariste Olivier Szulzynger
Alors que la série montpelliéraine "Un si grand soleil" s’apprête à fêter ses 8 ans et son 2000e épisode, Midi Libre revient, dans une série d’articles, sur ce succès de France Télévisions aux audiences qui affolent les compteurs. Aujourd’hui, créateur et scénariste en chef de la série montpelliéraine, le Catalan Olivier Szulzynger, qui a aussi dirigé pendant dix ans l’écriture de "Plus Belle la vie", explique quelles sont les recettes de ces quotidiennes qui traversent le temps.
Avez-vous vraiment grandi à Perpignan ?
Totalement, je suis Catalan par ma mère. Je continue à y aller très régulièrement. Je suis monté à Paris et j’ai toujours eu l’ambition de ramener de très gros tournages dans le Sud. Le premier gros truc que j’ai fait, c’était une série de l’été qui s’appelait Tramontane et qui était tournée à Collioure. Et puis il y a eu cette opportunité géniale d’Un si grand soleil.
Comment vous est venue l’idée d’une série à Montpellier ?
Toma De Matteis, le producteur principal, voulait tourner beaucoup en extérieur. Il fallait une région ensoleillée avec une liaison TGV opérante dans une grande ville. Marseille étant prise, le choix de Montpellier s’imposait. Pour moi c’était un retour dans ma région très sympa.
Imaginiez-vous dépasser ce cap des huit ans ?
Si ça n’avait pas été le cas ça aurait été un grave échec pour une quotidienne. Quand on se lance dans une telle aventure, c’est pour que ça ne s’arrête jamais. Pour l’instant Un si grand soleil n’est qu’un bébé. On en reparlera dans 20 ans. J’ai l’espoir que le programme me survive (rires). Il y a des quotidiennes qui existent depuis 60 ans dans d’autres pays.
Nous avons moins cette culture en France ?
Beaucoup de tentatives ont échoué en France, pour plein de raisons, et en 2004 on a réussi pour la première fois avec Plus belle la vie à en implanter une. Le plus difficile dans un feuilleton quotidien, ce sont les trois premières années. Les Anglais et les Américains ont implanté les leurs dans les années 1960. Avant, il y avait l’équivalent radiophonique. En réalité, c’est un genre qui est né dans les années 1930. Le programme le plus connu, Coronation Street, date des années 1960 et est tourné à Manchester.
Quel est le secret de la réussite et de la longévité ?
Le premier des secrets, c’est vraiment l’arène. Il ne faut pas se tromper quand vous définissez votre univers de départ. La cohérence de la proposition et le profil des personnages entrent aussi en ligne de compte. L’attachement se construit par les personnages et le talent des comédiens. Mais pour reprendre l’exemple de Nouveau jour sur M6 l’an dernier, l’arène était totalement ratée et ça n’a pas marché. Dès les premiers épisodes, je savais que ça serait fini.
On écrit une centaine d’heures de fiction par an, l’équivalent de 60 longs métrages.
Comment vous fonctionnez pour écrire ?
Il y a 25 auteurs sur une quotidienne. On écrit une centaine d’heures de fiction par an, l’équivalent de 60 longs métrages. Il y a trois moments dans l’écriture. Un premier stade où va travailler sur ce qu’on appelle des arches, les histoires principales qui vont venir sur les mois à venir. Les arches principales sont souvent policières. Les secondaires sont de la comédie, des sujets de société… Ça, c’est écrit des mois à l’avance. On en discute beaucoup avec la chaîne, le diffuseur, avec la production. Sur une saison de 260 épisodes, vous allez avoir 25 à 30 arches à écrire. C’est une écriture industrielle : une équipe de huit personnes va écrire les scènes de la semaine, 90 séquences, en cinq jours. Une autre équipe de cinq personnes va ensuite écrire les dialogues, unifiés dans des versions deux par deux dialoguistes en chef. Il faut donc quinze auteurs pour écrire une semaine et il y a un roulement des auteurs.

On retrouve dans la série un éventail d’émotions très large : tension policière, comédie, légèreté…
C’est comme la vie, certains vivent les drames et d’autres des choses plus heureuses ou légères. Nous, on écrit six mois avant la diffusion et on a besoin de beaucoup de personnages. Un épisode est tourné par quatre équipes en même temps. Il faut plein de personnages différents pour occuper les quatre équipes. Il y a quelque chose d’une mécanique assez précise pour que les épisodes soient tournables.
Lorsque des acteurs meurent ou disparaissent de la série, est-ce que c’est vous qui décidez ?
C’est plutôt la production qui décide. Ça arrive, évidemment, que des comédiens décident de partir. Il est vrai que c’est très fatigant de suivre toute une arche, d’apprendre des textes tous les jours. Un comédien peut-être à fond pendant six semaines mais c’est un être humain.
Il en reste d’ailleurs assez peu du tout début…
Chaque année on fait le point avec tous les comédiens et on essaye de savoir qui veut rester. Ils ont des carrières. Ce sont souvent des jeunes qui veulent voir autre chose. Et puis, parfois, tout simplement, on arrive à court d’idées sur un personnage. Sur le personnage de Garry, par exemple, on était totalement secs, on avait l’impression de tourner en rond et on a fait une pause. Il vient juste de revenir dans la série.
Devez vous tenir compte de contraintes, être par exemple représentatif des minorités ?
On n’a pas de quotas mais on essaye de donner une vision la plus fidèle de la population française. Que chacun puisse s’identifier.
Les causes environnementales ou écologiques doivent apparaître ?
Il y a quelque chose d’important pour nous, c’est de limiter au maximum l’impact environnemental du tournage. On progresse à ce niveau. Au niveau éditorial on réfléchit à tout raconter. Après l’été qu’on vient de passer, les enjeux écologiques doivent obligatoirement être présents. On avait fait une arche il n’y a pas si longtemps, un an à peine, sur des problèmes d’eau, de sécheresse. Je suis allé chercher ce thème-là dans mes P-O. où il y a un déficit terrible en eau.
On tient beaucoup à ce partenariat assez inédit avec Midi Libre.
Est-ce que la série s’est exportée ?
Elle est diffusée Tous les jours par TV5 Monde, ce qui est une belle vitrine. Il y a eu une version grecque tournée et diffusée sur la première chaîne privée. Le problème sur un tel volume, c’est que le doublage coûte très cher. On avait eu l’expérience en Amérique Latine mais le coût du doublage était équivalent au coût de la vente. On a découvert en revanche que les épisodes YouTube étaient très regardés en Inde avec des sous-titres anglais. C’est peut-être une piste à exploiter.
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Pouvez-vous nous lâcher quelques indiscrétions sur les arches qui vont se tourner prochainement ?
Je peux vous révéler un truc très insolite, en fin d’année, un lion va se balader dans Montpellier et traverser la Comédie. Un lion peaufiné par l’IA, évidemment. On va aussi faire une histoire d’amour qui naît dans un centre de tris de déchets où Marc, le journaliste de Midi LIbre, va avoir un coup de foudre. Ce qui est rigolo et un peu inédit, c’est le partenariat avec Midi Libre auquel on tient beaucoup. Un nouveau directeur de la rédaction va arriver. On va d’ailleurs construire une rédaction de Midi Libre sur les plateaux à Vendargues car les scènes vont s’y intensifier et on ne veut pas vous enquiquiner tous les deux jours pour tourner dans votre rédaction.