Washington veut armer des entreprises privées pour riposter aux pirates informatiques
L'administration Trump prépare un dispositif inédit autorisant des sociétés de cybersécurité à mener des opérations offensives contre des groupes criminels transnationaux, ravivant un débat vieux comme la course en mer.
En bref
- Des firmes privées pourraient attaquer des cybercriminels
- Une caution de 920 000 euros sera exigée
- Les experts redoutent des représailles incontrôlables
Un permis de riposte numérique pour le secteur privé
Selon des informations relayées par Bloomberg, la Maison Blanche s’apprête à autoriser certaines entreprises de cybersécurité à mener des opérations dites offensives contre des organisations criminelles agissant en ligne. Ce projet, mûri depuis plusieurs mois, s’inspire directement d’une pratique ancienne : la lettre de marque, ce document qui permettait autrefois à des navires privés d’attaquer légalement des ennemis ou des pirates, moyennant l’aval d’un gouvernement.

Une organisation confiée à deux ministères
Le mémorandum présidentiel de sécurité nationale prévoit la création d’un centre de coordination interagences, piloté conjointement par le département de la Sécurité intérieure et celui de la Justice. Les entreprises volontaires seraient invitées à signer des accords de partage de renseignement avec les autorités, à tous les échelons, et à proposer elles-mêmes des opérations pour neutraliser des menaces identifiées.
Une pratique jusqu’ici jugée trop risquée
Jusqu’à présent, les actions offensives dans le cyberespace restaient l’apanage des cybercriminels eux-mêmes, des unités militaires spécialisées comme le Cyber Command américain, ou des services de renseignement. La raison est simple : ces opérations frôlent souvent l’illégalité et peuvent être perçues comme des actes d’agression, avec un risque de rétorsion. Les entreprises privées, elles, se limitaient généralement à une défense dite active, comme obtenir des ordonnances judiciaires pour démanteler des infrastructures pirates ou déployer des leurres numériques.
Les points de vigilance soulevés par les spécialistes
- Identifier avec certitude l’auteur d’une attaque reste extrêmement difficile
- Les groupes criminels forment des alliances mouvantes et complexes
- Une riposte privée pourrait déclencher des cycles de vengeance incontrôlés
- Le budget de l’agence fédérale de cybersécurité a été fortement réduit
Le texte impose aux entreprises souhaitant participer de déposer une caution d’un million de dollars, soit environ 920 000 euros, susceptible d’être confisquée en cas de manquement contractuel. Une garantie financière censée limiter les dérives, mais qui ne résout pas le problème central : distinguer un véritable assaillant d’un intermédiaire technique innocent.
Un revirement qui inquiète jusque dans l’administration
Pourtant, certains responsables de l’exécutif américain avaient publiquement écarté cette hypothèse il y a encore quelques mois. En mars 2026, un conseiller de l’Office of the National Cyber Director avait ainsi affirmé que l’administration n’était « pas intéressée à combattre des pirates avec des pirates ». Le directeur national de la cybersécurité, Sean Cairncross, avait tenu des propos similaires lors d’un sommet sécuritaire à Washington.
Le revirement intervient dans un contexte où les relations entre la Maison Blanche et l’agence fédérale chargée de coordonner la cybersécurité nationale restent tendues, cette dernière ayant vu ses moyens humains et budgétaires réduits ces dernières années. Or c’est précisément cette structure qui devrait, en théorie, encadrer le partage d’informations en cas de crise majeure dans le cyberespace.
Vers une privatisation risquée de la cyberdéfense
L’idée de laisser des acteurs privés répliquer aux attaques informatiques n’est pas neuve, mais elle a longtemps été considérée comme l’une des pires options en matière de politique de cybersécurité. Le flou entourant l’identification des attaquants, la fragmentation des réseaux criminels et les tensions géopolitiques existantes rendent ce pari particulièrement incertain. Reste à voir si les garde-fous annoncés suffiront à éviter un embrasement numérique aux conséquences difficiles à maîtriser.